Laurent sirotait son café matinal l'air pensif.
Il n'arrivait pas à s'expliquer comment lui ,si à l'aise pour s'exprimer habituellement se trouvait si pudique et réservé face à Maëlle.
Cela faisait quelques mois qu'ils se côtoyaient. 

Ils s'étaient rencontrés lors d'une soirée chez des amis communs ,le contact est passé instantanément entre eux.
Rapidement s'est installée une réelle complicité qui n'a  fait que s'amplifier au fil de leurs sorties.
Ils partagent le goût des vide-greniers qu'ils aiment écumer le dimanche matin pour y dénicher quelques trésors pour leurs appartements respectifs et finir autour d'un brunch au soleil ,à refaire le monde dans la bonne humeur.
       

Laurent  est un de ces néo-trentaires sans attaches ,qui prend
la vie comme elle vient ,avec pour ultime devise «carpe  diem».
Comme se veut la société actuelle ,il a cette peur viscérale d'être abimé par l'amour, il aime les plaisirs charnels simples et faciles, de la bestialité dénuée de sentiments.
Il trouve se qu'il cherche sur la toile ,à grands renforts d'un profil savamment  étudié pour attirer la fille qui viendra vers lui ,en son âme et conscience, qui se donnera pour quelques heures et  repartira en claquant la porte sur une histoire sans avenir à la saveur du lendemain qui déchante.
       
Maëlle, quant à elle ,est une croqueuse de vie, toujours partante pour des découvertes, elle tourbillonne par monts et par vaux, jonglant entre son boulot de publicitaire et ses nombreux loisirs.
Célibataire bien dans ses baskets, elle apprécie sa liberté et les rencontresn qui en découlent au grè du hasard.
Elle aime le jeu de la séduction ,cette phase latente entre la première rencontre et ce qui s'en suit ,elle apprécie de prendre son temps ,apprendre à connaître l'autre ,susciter chez lui l'envie, se laisser charmer.
Elle prend ces relations comme la vie les lui offre ,elles durent plus ou moins longtemps ,question de feeling et de complicité.
Depuis quelques temps ,elle a trouvé en Laurent une oreille attentive à qui elle confie ses aventures parfois mal perçues par ses proches amies féminines qui se casent et fondent des familles.
       

Maëlle n'est pas prête à vivre un quotidien dénué de surprises ,elle a le besoin viscéral de vibrer ,d'être en manque et de manquer , d'être impatiente ,d'avoir 15 ans à chaque rendez-vous.
Elle a confiance en lui et sait qu'il ne portera pas de jugement sur ce jeu de séduction qui parfois pourrait donner une mauvaise image d'elle.
Laurent, lui, l'écoute ,rit avec elle de souvenirs parfois cocasses ,s'épanche parfois sur une histoire qui se termine et sèche ses larmes.
Mais depuis quelques temps il a beau essayer de reste égal à lui même, il a du mal à accepter les confidences de Maëlle, surtout  quand il sent que l'histoire qu'elle vit prend parfois un côté sentimental exacerbé. 
Il a beau essayer de lutter ,l'évidence se déroule comme un tapis rouge .
Alors c'est décidé ,aujourd'hui il prendra son courage à deux mains quand il la verra ,il lui dira ce qu'il a sur le cœur.
Flaubert ne disait-il pas «L'évidence vous aveugle quand elle ne vous crève pas les yeux»?  

Parce qu' il a peur Laurent, peur de passer à côté de ce qu'il se refuse de s'avouer les choses, peur de perdre celle qui agit sur lui comme une drogue douce, peur de tout gâcher en lui avouant qu'au delà de leur humour, il a envie qu'il y ait tout simplement l'amour.