Claire resta prostrée de longues heures, l’âme vide et le cœur en charpille.

Une foule de questions la hantait, tant sur sa propre histoire, que sur le genre humain .

Comment peut-on être assez calculateur pour jouer sans vergogne avec les sentiments de l’autre ?

 

La banale histoire tragique de milliers de personnes sans doute, mais une première expérience pour elle qui allait remettre en cause de façon irrémédiable sa vision de l’amour, de la sincérité et des sentiments.

Elle avait beaucoup entendu parler des pervers narcissiques, dans le cadre de ses études en psychologie, ces personnes toxiques à plusieurs facettes, qui n’ont pour seul courage que celui de culpabiliser, soupçonner, humilier et faire douter l’autre.

Claire s’en croyait protégée par ce qu’elle en avait appris.

 Elle n’a rien vu venir, trop aveuglée par sa sincérité personnelle….Les crises de jalousie injustifiées de Luc ? Elle les mettait sur le compte de son côté exclusif.

Ses reproches infondés ? Pour de l’exagération…..

Elle ne doutait pas une seconde de cet homme qu’elle admirait, trop sans doute, pour être objective.

 Claire avait pourtant soulevée quelques zones d’ombres chez Luc.

Un caractère très solitaire, pas d’amis ni de vie sociale, un très grand repli dans la virtualité.

La virtualité….c’est d’ailleurs justement le point de départ de la descente aux enfers de Claire quand ce mardi 16 août un message énigmatique arrive sur son portable.

Une personne qu’elle ne connait pas, souhaite lui parler, l’informer d’une situation « délicate ».

Elle lit, incrédule, cet enchainement de phrases qui lui annonce de façon froide et cinglante que l’homme qu’elle aime, en qui elle avait mis toute sa confiance, la trompe « virtuellement » depuis 6 mois…..Virtuellement ? Comment peut-on tromper virtuellement un réel amour ?

Claire s’aperçoit alors chaque jour un peu plus de l’étendue des dégâts, parce que Luc n’entretenait pas une, mais de multiples relations épistolaires et fantasmatiques à grands renforts de mots écrits sans jamais être pensés, de superficielles flatteries , de jeux de mots et d’humour douteux entrainant dans son manège les plus fragiles esprits prêts à jouer les maîtresses utopiques, aux sentiments SMS et au physique MMS.

 La rupture fût aussi brutale que le choc de cette nouvelle.

Luc ne se remettant à aucun moment en cause, préférant à de singulières explications, une lâcheté implacable.

Claire se demandait comment est-ce qu’elle pourrait à nouveau faire confiance à quelqu’un.

 Un matin pourtant, après une longues série de nuits blanches passées à pleurer sur son oreiller, elle se leva un peu plus reposée, un peu plus sereine avec au fond d’elle une curieuse sensation.

Son cœur, qui n’avait pas été épargné jusqu’alors battait de façon régulière, troublante cadence après toute cette souffrance.

Elle fit couler son café, prépara la table du petit déjeuner avec un enthousiasme inhabituel.

 

Quand sa fille Chloé arriva dans la cuisine, elle marqua un temps d’arrêt constatant immédiatement un changement dans le comportement de sa mère.

Ce petit sourire aux coins des lèvres, cet entrain depuis trop longtemps oublié laissaient deviner les prémices d’une guérison certaine.

Néanmoins, sa pudeur lui empêcha toute réflexion dans ce sens, elle attendait de voir la suite des évènements non sans un certain espoir.

Claire alla se préparer, quand elle croisa son image dans le miroir, elle ne put s’empêcher de se figer.

Elle se dévisagea longuement, constatant ses cernes, ses traits creusés à la faveur d’une fulgurante perte de poids, son teint livide, elle qui aimait habituellement tant le soleil.

Mais là, au creux de son ventre, elle sentit soudain cet appétit de vivre, celui qui prend aux tripes.

En s’approchant un peu plus près du miroir, elle aperçut un infime détail au fond de son regard….Infime mais lourd de sens, une étincelle, celle du renouveau, du changement, du droit au bonheur.