De la fenêtre de son bureau, Magali avait une vue magnifique sur le parc et lorsque son travail devenait intense et que la pression était trop forte, ce qui arrivait souvent, elle avait pris l'habitude de s'imaginer quelques minutes sur le banc d'en face.

Comme une brève projection astrale hors de son corps, elle se rêvait seule entourée d'arbres, dans le silence de la nature. 

 Mais ce jour là, il y avait quelqu'un sur son banc.

Un homme, qu'elle ne pouvait voir que de dos, la quarantaine grisonnante, une allure sportive sous son costume parfaitement ajusté.

Elle se mis à imaginer quelle pouvait être la vie de cet homme.

Certainement dans les affaires, peut-être même à la tête d'une société prospère, il avait en tout cas l'aspect de ceux qui ont de l'assurance.

Il devait être là entre deux rendez-vous professionnels, pour une pause ressourçante loin de la jungle urbain.

Le fantasmant marié, père de famille, dans une confortable routine qui manquait cruellement de fantaisie.

« Le Nikkei perd un point ! C'est quoi ce bordel ?! »

Gilbert n'était peut être pas le meilleur trader de la place, mais Magali appréciait toujours la pertinence de ses exclamations. La bourse japonaise venait de se retourner, sans raison et il fallait vendre rapidement les positions les plus fragiles. 

D'ordinaire, cette opération était de la routine... Mais Magali se rendit brusquement compte qu'elle n'était pas concentrée et la raison évidente était en face, l'homme sur son banc avait destabilisé sa pause virtuelle. 

Pendant l'heure qui suivit chacune de ses décisions furent difficiles, laborieuses, hésitantes... Lorsque Tokyo ferma ses portes et avant que Londres ne s'ouvre, elle avait dix bonnes minutes pour faire un break, retourner sur son banc, le beau squatter était certainement parti... 

Il était encore là. 

Magali s'approcha d'un pas incertain mais elle était curieuse de découvrir le visage de cet inconnu . Sa fébrilité ne fît qu'augmenter quand elle constata que de dos ou de face et homme avait décidément un physique avantageux.

Elle ne montra rien de son trouble, habituée à évoluer dans un milieu masculin et à jongler entre actions et CAC 40, ce n'était pas un parfait inconnu qui allait la déstabiliser.

L'homme, plongé dans sa rêverie, fut surpris de la présence de Magali arrivée si discrètement. Il écarta courtoisement sa lourde malette pour la laisser s'asseoir, il avait l'air préoccupé.

Ils restèrent assis côte à côte en silence pendant un long moment. 

L'homme plongé dans ses pensées et Magalie l'observant. 

- Mais qu'est ce que je fous là ? se demanda-t-elle. D'accord, c'est un beau mec, mais je ne suis pas en manque à ce point. 

Le mot était lâché. En manque. 

Cette working girl était devenue en quelques années à peine, la chef du service trading d’une des plus grandes banques. Et parmi les sacrifices inévitables : ses amis, son temps libre et sa libido.

Cette dernière ne faisait plus partie du paysage depuis longtemps. 

Et voilà qu'un homme sur son banc, sans rien faire, lui rappelait soudainement sa nature de femme et ses besoins primitifs. 

Elle rougit à cette pensée et comme si l'homme l'avait entendu, il se tourna vers elle.... 

Philippe était un brillant homme d’affaires, son travail était une véritable passion chronophage qui lui laissait peu de temps pour ses loisirs. Marié depuis de nombreuses années, la routine avait pris un large pas sur la passion des débuts. Très occupé en journée, il se surprenait, ces derniers temps, à repousser l'heure fatidique du retour au domicile conjugal afin d'éviter les  réflexions de sa femme sur son manque d'implication dans la vie familiale. Ses fils, âgés de 10 et 12 ans étaient équilibrés, ils évolués dans un cercle social aisé, profitant de nombreuses activités sportives et artistiques, leur mère avait, elle aussi une vie confortable de femme au foyer dévouée. Cette image maternelle avait définitivement fermée les portes à leur complicité et à la possibilité de fantaisies. Philippe ne voyait plus en sa femme que la mère de ses enfants, même s'il était reconnaissant de tout ce qu'elle pouvait faire pour son foyer, il n'arrivait plus à supporter cette sensation de faire partie des meubles qu'il éprouvait parfois. Il avait besoin de se sentir désiré, admiré, de retrouver ces sensations passionnées qui font accélérer le coeur.

A 43 ans, il voulait se sentir vivant, terriblement vivant.

Comment leurs lèvres s'étaient rejointes ? 

Comment leurs corps s'étaient rapprochaient ?

Comment cette main forte et ferme était arrivait sur son sein ?

L'espace d'un instant, Magali eut un sursaut de conscience, elle n'allait quand même pas se donner à un inconnu dans ce parc vide ? 

Ce ne sont pas des choses qui se font... 

Elle sentait les lèvres de Philippe dans son cou... c'était bon. 

Pouvait-elle résister ?En avait-elle envie ?

La situation était aussi irréelle que grisante.

Jamais elle ne se serait crue capable de tant de lâcher prise. Elle qui a tellement l'habitude de tout maîtriser, de diriger son équipe d'une main de fer, la voilà totalement dépendante de cet habile inconnu.

De son côté Philippe non plus n'en revenait pas d'avoir eu tant d'audace, lui, de nature si réservé dans sa vie personnelle. Et son attitude ne fit qu'accroître son trouble car si il a pu se permettre ce baiser et ces gestes c'est que la situation lui parue naturelle.

Est-ce la façon dont Magali l'a regardé ? Cette attirance réciproque? Il regarda sa montre, il était l'heure pour lui de regagner son bureau mais il fallait qu'il la revoit, c'était une évidence et elle était partagée.

Les trois jours suivant, Magali n'était pas là.

Elle avait la tête ailleurs, attendant avec fébrilité de revoir Philippe.

Mercredi, Hôtel du parc, 15h, chambre 117.

Ces mots raisonnaient dans sa tête encore et encore...  

Philippe lui avait dit de retirer le pass à l'accueil, il aurait gérer la réservation quelques jours avant.

Une fois dans le hall de ce somptueux établissement, très intimidée par cette situation si particulière pour elle, elle prit l'ascenseur, le fameux sésame en main.

Elle était en avance sur l'horaire qu'ils avaient convenu, elle voulait pouvoir s'imprégner de la chambre, de son atmosphère.Elle prit une douche, admira le parc à travers les lourds rideaux de velours bordeaux....Ce parc qui jusqu'à présent était son havre de paix et qu'elle voyait depuis quelques jours comme sa bulle d'oxygène....Les minutes s'égrainaient en même temps que son désir grandissait....Elle laissa glisser son peignoir le long de son dos, se glissa sous les draps frais ....Elle entendit la porte s'ouvrir, Philippe apparut...

Sans un mot, il vint s'asseoir au bord du lit. 

Il se pencha et embrassa ses lèvres.Un long baiser, tendre et envoûtant.

Sa bouche glissa dans le cou de Magali, sur ses épaules, puis sur ses seins.Il descendit encore, embrassa son ventre avant de s'attarder entre ses cuisses.

Elle se sentait trempée sous l'effet de sa langue, se cabrant de plaisir sous les caresses, elle n'y tenait plus, elle voulait qu'il la prenne là, tout de suite, qui la fasse jouir, elle ne contrôlait absolument plus ni son corps ni son esprit.

Elle avait l'impression d'être totalement dépendante de cet inconnu, du bout de son pied elle sentait son sexe tendu et elle l'attira vers elle, ils s'embrassaient avec une passion dévorante, leurs regards se réclamaient autant que leurs corps. Elle le bascula sur le dos...

Magali allait droit au but, c'était son style, son caractère. 

Maintenant elle ondulait du bassin a son rythme, se délectant des vibrations qui parcouraient son corps tout entier.

Ses gémissements se firent de plus en plus intenses puis rapidement, sa jouissance, saccadée, brûlante jusqu'à lui en piquer les yeux.

Aussitôt après, elle saisit avec gourmandise le sexe de Philippe inondé de sa propre jouissance à la saveur sucrée.

Elle s’occupa de lui avec délectation, le regardant s'exalter à chaque va et vient au fond de sa gorge. Elle accélérera le rythme, il explosa dans sa bouche tout son plaisir contenu depuis leur première rencontre, sans aucune retenue.

Ils restèrent longtemps dans les bras l'un de l'autre... 

Avant de se quitter ils se promirent de se revoir dès le lendemain... entre midi et deux cette fois car à 15h, Magalie est normalement sur le cours de la bourse Londonienne... elle éclata de rire en disant cela... c'était la première fois depuis 5 ans qu'elle loupait l'ouverture de la City. 

Et c'était la première fois depuis longtemps qu'elle se sentait aussi bien dans sa peau.

« -PUTAIN DE BORDEL DE MERDE OÙ ETAIS TU !?? » hurla Gilbert dès qu'elle entra dans le bureau. 

On a été attaqué, l'OPA la plus violente de l'histoire et notre chef n'était pas là pour nous dire quoi faire ! Tu n'étais pas là ! C'est la merde la moitié des traders ont tout vendu, quand j'ai compris que tu n'étais pas sur le coup, j'ai fini par couper le courant de l'immeuble entier pour interdire les ventes... les comptables sont déjà en train de faire le compte pour vérifier... 

Gilbert n'avait pas besoin de finir sa phrase... Magali ne l'écoutait plus... les comptables étaient en train de vérifier si plus de 50% des parts de la banque n'était pas passés du coté de leur pire ennemi, la banque Klein... déjà trois fois en deux ans, que ces salauds tentait de prendre le contrôle de la banque... et chaque fois Magali par son talent  leur avait fait perdre des millions. 

A chaque fois elle s'était demandée quelle tête faisait cette ordure de Philippe Klein lorsqu'à la fin de son attaque, ces traders lui annonçaient son échec.

Philippe ? 

Tout à coup la réalité entra en elle comme un seau d'eau glacée le long de sa colonne vertébrale. Le mystérieux banquier, Philippe Klein dont personne ne connaissait le visage... La rumeur disait qu'il était plutôt beau mec... d'autres prétendaient qu'il n'existait pas... se pourrait-il que... 

Son regard plongea par la fenêtre dans le parc... non c'était impossible...