Lisa et Pierre ont une relation hors norme depuis maintenant 15 ans .

Lorsqu'ils se sont rencontrés ,Pierre, pianiste, avait 41 ans et Lisa, juriste, 35 .Tous deux étaient mariés ,installés dans une confortable routine, chacun avaient 2 enfants et une carrière prenante.

Leur coup de foudre réciproque a eu lieu lors d'une réception donnée par l'un des clients de Lisa au Sofitel, Pierre faisait parti des musiciens qui animaient la soirée.

A plusieurs reprises leurs regards se sont croisés, chargés d'une troublante attirance qui les a conduit à échanger quelques mots à la fin de la soirée.

S'est installée alors entre eux, au fil du temps, une véritable histoire d'amour mêlée de joies et de craintes.

En effet, chacun d'eux était d'accord sur le fait que leur vie de famille respective ne devait pas faire les frais de cette bulle magique qu'était leur histoire ,mais ils avaient néanmoins la certitude que si ce qu'ils vivaient était si intense, celà était justement dû à ce contexte particulier et ils allaient tout mettre en oeuvre pour que leur relation existe sans provoquer de dommages collatéraux.

Lisa regarde fébrilement sa montre ,dans 25 minutes exactement, elle quittera son bureau de la rue Paradis, sautera dans un taxi pour rejoindre Pierre à l'aéroport direction Paris....3 jours en amoureux ,3 jours d'évasion ....

Cette escapade qu'ils ont pu organiser à la faveur d'un séminaire de juristes a une saveur toute particulière, ils vont fêter dans la ville lumière 15 ans de bonheur discret, de rendez-vous furtifs quand leurs agendas étaient trop remplis, de repas en tête à tête mais aussi parfois de doutes et de jalousie.Parce que ce n'est pas tous les jours facile d'imaginer l'autre dans sa vie familiale, surtout dans les moments importants de la vie .Mais leur choix avait été commun et toujours respecté.

Pierre de son côté s'apprête à quitter le domicile conjugal, officiellement pour assister à un récital dans la capitale.La valise est bouclée, un dernier regard sur l'appartement, tout semble en ordre, et soudain le malaise....brutal, inattendu.Pierre s'écroule, rien ne sera plus jamais comme avant.

L'heure passe, Lisa commence vraiment à s'agacer de ce manque de ponctualité à l'ouverture des portes d'embarquement, celà ne ressemble pas à Pierre, d'autant plus qu'il ne répond ni à ses nombreux sms ni à ses appels.

Complètement désemparée, c'est la première fois en 15 ans qu'elle doute de lui.Jamais pendant toute leur relation elle n'a laissé poindre un quelconque questionnement sur leur couple.

Elle était dans la certitude absolue que les sentiments de Pierre à son égard étaient similaires aux siens, solides et sincères.

Elle se sentait envahie d'une profonde détresse.Sa femme avait-elle découvert leur relation et l'avait contraint à rester chez lui pour des explications ? A-t-il eu des embouteillages sur le trajet doublé d'une coupure de batterie qui ne lui permettait pas de la prévenir ? Avait - il après toutes ces années de fol amour eu envie de changer les choses sans avoir le courage de l'affronter ?

Tous ces scénarios demeuraient complètement incongrus et pourtant elle souhaitait résoudre cette énigme au plus vite, mais pour l'instant il fallait trouver le courage de prendre cet avion sans lui.

Quand Lisa pénétra dans la superbe suite que Pierre leur avait réservé, elle ne pu s'empêcher de fondre en larmes, il n'avait oublié aucun détail, un chemin de pétales de roses qui conduisait jusqu'au

lit, des bougies au parfum subtil, un seau avec du champagne et un paquet sur lequel une carte était glissée, elle l'a saisi, marqua un temps d'hésitation et c'est le coeur battant qu'elle ouvrit la boite et lu «Ce diamant n'est rien à côté de toutes ces années de bonheur ensemble, tu es mon moteur le matin, ma vitamine en journée, mon rêve le soir, je ne pourrais plus jamais me passer de toi dans ma vie, je t'aime...»

Comment un homme si délicat et si amoureux pouvait-il d'un coup disparaître de sa vie sans explication ? Ce week-end allait lui paraître infiniment long…

Lisa réunit le peu de forces qui lui restaient pour se rendre à son séminaire, elle fit semblant, face à ses confrères de donner le change, d'être souriante et aimable comme à son habitude mais derrière ce masque se cachait une infinie tristesse.

Le lundi matin, elle se fit violence pour mettre de côté la discrètion qui était si essentielle dans leur relation depuis tant d'années pour franchir le seuil du Conservatoire national où Pierre avait l'habitude de venir quotidiennement répéter en vue des prochains récitals.

Elle se jura d'être fidèle à sa philosophie, quoiqu'il arrive même si Pierre avait fait le choix de rompre, elle encaisserait, sans esclandre, sans vague, même si tout au fond de son coeur un tsunami allait tout emporter.Elle respecterait tout sans forcément trouver la force de comprendre et de surmonter cette épreuve si soudaine.

Lisa pénétra dans le majestueux hall, l'atmosphère qu'elle connaissait habituellement légère et joyeuse pour avoir assister anonymement à ds représentations publiques, se faisait pesante en ce matin d'automne.Aucun instrument ne jouait dans les salles, des groupes de personnes étaient dispersés un peu partout, sans doute un problème technique qui repoussait leurs répétitions.

Elle se dirigeait vers l'accueil quand son regard fut attiré par un chevalet fleurit de délicats bouquets, un grand livre remplaçait la traditionnelle partition.Saisie par la curiosité elle marqua un temps d'arrêt, il ne fallut que quelques secondes pour que ses jambes se dérobent, le vertige, le trou noir, l'inimaginable.

Sur ce parchemin, un texte, sobre, chargé de reconnaissance et d'admiration, touchant pour le commun des mortels mais pour Lisa c'était une torture.

 

 

«La vie n'est qu'une journée et la mort qu'une nuit, dors d'un sommeil apaisant, Pierre Dustel, tu resteras à jamais pour nous un pianiste talentueux qui a su jouer toute sa vie la mélodie du bonheur, aujourd'hui notre éloge est funèbre mais nous savons combien les anges apprécieront ton talent….A bientôt ailleurs »

 

Mr Dominique Soly, Directeur du conservatoire.

 

Devant l'évidence de ces mots, Lisa s'enfuit, sans but, complètement désemparer.

Tel un automate, elle trouva la force d'appeler sa secrétaire pour annuler ses rendez-vous du jour et pris sa voiture.

En début d'après-midi, elle arriva dans ce lieu qui lui était si cher, au bord de la rivière de la Castelette dans le massif de la Ste Baume.

Elle se laissa aller à sa tristesse, consciente que rien ne serait plus jamais comme avant, qu'elle allait devoir surmonter son chagrin dès le soir en franchissant la porte de son domicile, qu'il faudrait faire bonne figure dans sa vie privée et professionnelle malgrès cette douleur lancinante qui lui torpillait les tripes.

Tant de souvenirs revenaient à sa mémoire tandis qu'elle regardait l'eau glissée dans son lit de galets, Pierre était de ces hommes surprenants qui aimait mettre une touche de magie partout.

Elle se souvient de ce jour, il y a 14 ans déjà, où ils avaient fait, comme des gamins insouciants, l'école buissonnière pour se retrouver dans ce lieu serein, juste tous les deux, loin de tout .Pierre lui avait demandé de fermer les yeux, elle le sentait s'affairer autour d'elle, d'humeur joyeuse, impatient de lui faire découvrir la trame de son attente.

En ouvrant les yeux, Lisa découvrit une guirlande de flonflons accrochée dans l'arbre, un plaid sur lequel était entreposé leur repas et dans un verre en plastique, cueillit à la hâte un bouquet champêtre.Elle se souvient du rire de Pierre, ivre de bonheur de contempler le résultat de son œuvre sur Lisa.Elle regardait la scène, subjuguée par temps d'imagination.

Ce n'est qu'à la fin du repas que Pierre décida d'abattre sa dernière carte, celle qui allait combler Lisa d'un sentiment étourdissant.

Il la prit dans ses bras et avec cette infinie douceur qui l'a toujours animé, lui dit qu'il était sans doute un peu fou, oui, mais fou d'elle et qu'il avait envie que cet amour se concrétise pour eux, que si leur relation était hors norme elle n'en était pas moins sincère.

Pierre avait alors glissé à l'annulaire droit de Lisa une bague lourde de symbole puisqu'elle représentait le signe de l'infini, il lui avait expliqué combien c'était vital pour lui qu'elle sache à quel point il tenait à elle, qu'il ne fallait pas qu'elle remette en doute ces sentiments réciproques, à aucun moment.

Lisa avait été touchée au plus profond d'elle par cette démarche, elle si sensible à ces attentions qui transforment l'ordinaire en extraordinaire.Et même si à maintes reprises durant cette première année passée ensemble, elle avait pu remettre en questions leur relation, elle pris ce jour là conscience que leur destin était lié.

 

Savoir….voilà ce que voulait Lisa maintenant.Mais qui est-elle aux yeux des autres pour bénéficier d'explications sur le décès de celui qu'elle aimait appeler «son âme soeur» ?

Elle se rendit à nouveau le lendemain au Conservatoire, après avoir pris rendez-vous avec le directeur. Il allait falloir qu'elle joue serré.Surtout ne pas éveiller les soupçons mais en même temps instaurer une confiance qui laisse place à la confession.

Mr Soly la reçu le mieux du monde, il écouta avec attention son monologue romanesque, expliquant être son ex accompagne, ayant apprit son décès par la presse, ne souhaitant bien évidemment pas rentrer en contact avec son cercle familial par discrétion mais voulant un minimum d'explication à ce drame soudain.

Elle eu gain de cause, Pierre avait eu une rupture d'anévrisme foudroyante, il n'avait pas souffert se qui consola une fraction de seconde Lisa.Le directeur lui présenta ses sincères condoléances, les seules qu'elle recevra.

Dans la rubrique nécrologique, elle apprit que l'enterrement devait avoir lieu le lendemain à la Nécropole Vaudran.

 

Lisa se tenait là, à distance, à la fois tellement présente et si loin, avec ce sentiment de ne pas être à sa place derrière ce pin comme une fugitive dont le seul crime était celui d'avoir aimer infiniment un homme qui n'était pas officiellement le sien.

Son coeur était en miettes, ses yeux rougit camouflés derrière ses lunettes de soleil.

A la fin de l'enterrement le cortège de famille et d'amis partit laissant la place à Lisa.

Elle resta sur le seuil de cette tombe à la terre fraîchement remuée, interdite, engourdie d'impuissance face à ce deuil qui lui paraissait insurmontable, tétanisée de douleur.

Elle s'assit sur un coin de la tombe, caressa avec une infinie tendresse la plaque «Pierre Dustel 1958 – 2014» consciente que dès lors, il ne lui resterait que ce funeste refuge pour le retrouver dans ces moments futurs où le manque se fera trop fort .

 

La vie repris son cours, la douleur se fit moins intense mais toujours omniprésente, prise dans le tourbillon de son métier, elle fut surprise ce jour d'automne par un étrange coup de fil.

Un homme se prénommant Alexandre, se présentant comme le meilleur ami de Pierre lui explique qu'il avait procédé à l'ouverture du coffre-fort de Pierre dont il lui avait donné le code «au cas où….on ne sait jamais dans la vie», il souhaitait la rencontrer dans un café du Vieux-port, il avait un pli à lui remettre.

Intriguée, Lisa accepta le rendez-vous pour le lendemain.

Pierre avait toujours été quelqu'un de prévoyant, il aimait anticiper les évènements, c'est donc tout naturellement qu'il avait donné à Alexandre la procuration de la gestion de son coffre dans cet établissement bancaire.

Il y gardait là des objets ayant appartenu à ses parents, ses médailles obtenues lors de concours de piano, et deux enveloppes cachetées, à n'ouvrir qu'à son décès, la première au nom d'Alexandre, lui expliquant combien leur amitié depuis leur adolescence avait était importante pour lui, il lui révélait le plus simplement du monde l'existence de Lisa dans sa vie, cette seconde vie qui pour lui était toute aussi importante que son officielle, il demandait à ne pas être jugé, il voulait qu'Alexandre puisse rentrer en contact avec Lisa, qu'il deviendrait alors le messager d'une bien triste nouvelle mais que lui seul aurait la possibilité et toute sa confiance pour lui remettre ce précieux pli.

Alexandre fût dans un premier temps surpris mais complètement respectueux de la dernière volonté de son ami.

 

Il était 15h30 ce vendredi lorsque Lisa franchit le seuil de la Samaritaine, comme prévu Alexandre l'attendait au fond de la brasserie à une petite table.

La rencontre fut naturelle, aucune gêne ne s'installa entre eux, ils étaient portés par cette tristesse commune d'avoir perdu quelqu'un de précieux.Lisa lui expliqua dans les grandes lignes cette relation si particulière, hors des sentiers battus qu'elle avait vécu quasi quotidiennement auprès de Pierre.Alexandre pris le temps de l'écouter, elle trouva dans leur dialogue un réconfort momentané, un sentiment d'exister.

Ils se quittèrent une heure après, sans promesse d'une future rencontre, l'envie de parler de Pierre se ferait peut être sentir mais il fallait laisser le temps faire son œuvre.

 

Lisa retourna au bord de la rivière, elle savait que c'était là qu'il fallait qu'elle décachète cette enveloppe.

Elle pris sa respiration, à l'intérieur se trouvait une lettre manuscrite écrite à la plume .

 

«Mon étincelle,

 

Ne laisse pas les larmes innonder ton si joli visage, je suis conscient que lorsque tu liras ces lignes ton coeur ne sera pas à la fête mais je souhaite que tu respectes la volonté qui est mienne de te voir radieuse même de là-haut.

Cotoyer les anges ne me fait pas peur puisque j'en ai rencontré un sur Terre, toi ma Lisa.

Notre rencontre à illuminer ma vie, tu as été pour moi un précieux cadeau du destin que je suis si fier d'avoir fait entrer dans ma vie.

Les conventions n'étaient pas faites pour nous et c'est en cela que notre couple a été tellement solide.

Merci pour ces moments remplis de joie, ces baisers volés, ces instants de folie, ces fous rires .

Beaucoup pensent qu'une vie stable et tracée, équilibre un être, pour ma part mon équilibre est nait le jour de notre rencontre avec cette évidence que notre histoire allait être longue et belle.

Tu as été une flamme dans ma vie, le fil d'Ariane de la joie de vivre que les gens m'enviaient …..s'ils savaient !!

Aujourd'hui mon plus grand souhait est que tu regardes ton annulaire droit et que tu gardes en mémoire jusqu'à ton dernier souffle que quoi que tu fasses je serais là...et que lorsque le moment viendra tu me rejoindras dans, nous continuerons à nous aimer…..à l'infini.

 

Je t'aime...Pierre.»