A bien y réfléchir, elle n'en revenait toujours pas de ces évènements en cascade qui lui étaient arrivés ces temps-ci.

La vie est parfois surprenante .

Il y a 3 mois, Rose reçoit un sms sur son portable lui demandant des nouvelles par un trivial «Comment vas tu?», ne connaissant pas le numéro qui s'affichait, elle répondit par un mot poli qu'il s'agissait certainement d'une erreur de destinataire.

Son interlocuteur se confondit immédiatement en excuses, mais loin de stopper net l'échange, une conversation quelques peu cocasse s'instaura.

Qu'importe pensa-telle, cela lui ferait passer le temps et mettrait un peu d'extra dans l'ordinaire de sa soirée plateau-télé qu'elle passerait seule, son mari étant en déplacement.

Rose apprit que ce mystérieux étourdi répondait au prénom de Romuald, qu'il habitait à environ une cinquantaine de kilomètres de chez elle, exerçait la profession de courtier en assurances et était marié.

Cette situation totalement inhabituelle et inattendue les amusait terriblement.

Au delà des banalités dont peuvent parler 2 étrangers, cet échange avait été une petite bulle de temps suspendu, les au revoir furent tardifs, sans promesse d'un prochain dialogue mais sans adieu.

Le lendemain matin ,Rose eu la surprise de découvrir un sms envoyé en pleine nuit par Romuald :

 

«Mon grain de folie me pousse à venir te découvrir au-delà d'un simple échange virtuel, retrouvons nous samedi à la librairie «Le bleuet» à Banon à 18h, nous serons à mi-chemin l'un et l'autre, tu m'attendras face au rayon poésie près de la grande cheminée du 1 er étage, tu feuilleteras «Capitale de la douleur» de Paul Eluard, je te reconnaitrai à cela, ne te retourne à aucun moment, ne cherche pas à me reconnaître, sache préserver le mystère, joue le jeu jusqu'au bout….»

 

Aussi troublant et culotté qu'était le message, sa curiosité fut piquée au vif et elle accepta immédiatement ce jeu du chat et de la souris, sans réellement savoir à qui elle avait affaire ni ce qui l'attendait mais qu'importe, elle était d'humeur mutine.

En aucun cas cette proposition n'avait été faite avec indecence, elle n'y avait perçu qu'amusement et délicatesse. Le choix du lieu de rendez-vous, même si Romuald ne le savait pas, était l'une de ses librairies préférées, nichée dans ce vieux village perché et constituée un vrai labyrinthe d'étages et de recoins aux innombrables livres.

Elle qui était passionnée d'écriture ne pouvait pas recevoir plus belle invitation.

 

L'impatience des jours précédents avait laissé place à une certaine fébrilité chez Rose.

Mille questions se bousculaient dans sa tête ...Qui était vraiment cet inconnu ? Qu'allait-t-il bien pouvoir se dire ? Comment était-il physiquement ?

Mais qu'importe ...elle verrait bien…

 

L'horloge de l'église affichait 16h30, elle était arrivée tôt pour pouvoir profiter de l'atmosphère tranquille des ruelles du village, boire un café dans ce bistrot sans âge où le temps semble s'être figé.

 

Après cette petite balade, la fraicheur alpine la poussa dans les rayons de la librairie quelques minutes avant l'heure fatidique.

Elle déambula non sans plaisir entre les rayons, rêvant d'épopées lointaines devant les guides de voyages, salivant devant les manuels de cuisine, s'évadant à la lecture des résumés de romans…

Quand 18h sonna, elle était en place, ayant respecté à la lettre ce que son mystérieux correspondant lui avait insufflé de faire.

Le nez collé aux étagères, elle ouvrit «Capitale de la douleur»au hasard d'une page et commença à lire pour faire diversion à son stress naissant.

 

«La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés…………….»

 

 

 

Tout à coup, sa lecture fut interrompue par deux mains effleurants ses hanches, la faisant frissonnée de tout son corps …

L'instinct de surprise la fit pivoter mais les mystérieuses mains la maintenaient fermement dans sa position initiale.

«Ne te retourne surtout pas ,je t'attends dans 10 minutes dans la ruelle qui part de la Place de la fontaine vers le clocher….Rien ne t'y oblige mais suis ton instinct….»

 

Rose sentait son corps entier battre la chamade, elle était loin de s'imaginer, quelques jours auparavant, tranquillement installée dans sa routine, qu'elle allait être la proie d'un mystérieux Don Juan et son jeu de piste.

Elle, si réservée habituellement, se découvrait irrésistiblement happée dans cette exaltante aventure.

Passée la surprise, elle sortit de la librairie, saisit par le froid en total contradiction avec la chaleur que cette étrange situation lui procurait.

Deux solutions s'offraient à elle à cet instant, reprendre sa voiture, garée non loin ou faire quelques mètres et basculer dans l'inconnu…

Il ne lui fallut pas longtemps pour se retrouver à l'entrée de la ruelle, les jambes flageolantes…

Tout était très sombre, elle avançait d'un pas incertain ne distinguant que des lueurs dans les habitations, quand une main ferme et assurée saisit la sienne.

Surprise, elle se laissa guider sans un mot, comme hypnotisée.

Quelques mètres plus bas, un grincement de porte se fit entendre, l'odeur de foin lui fit comprendre qu'ils étaient dans une grange, Romuald l'attira contre lui.

D'abord une douce pression sur ses lèvres, la recherche de sa langue, puis un souffle chaud dans son cou, des mains expertes qui la découvre sensuellement, réveillant chaque partie de ce corps qu'elle croyait éteint depuis quelques années.

La perte de contrôle était totale pour Rose, il menait la danse à la perfection et elle aimait cette soumission.

Tellement pudique d'habitude, elle se surprit à être totalement à l'aise dans cette obscurité qui la décomplexait et laissait exprimer ses envies.

Elle donnait autant de plaisir que ce qu'elle en recevait en toute impudeur, elle vibrait sous ces doigts inconnus.

Cette désorientation décuplait ses sens, ne sachant où elle était ni avec qui, elle ne pouvait se laisser guider que par une odeur muscquée , le toucher de cette peau masculine, le bruit de ces râles de plaisir et le goût de cette excitante intimité.

 

Leurs souffles furent plus rapides, leur étreinte plus brutale jusqu'à une explosion de plaisir réglée à la perfection.

Ils jouaient la partition d'un orchestre philharmonique en un simple duo.

Quand tout redevint calme, que les respirations se furent plus régulières, Romuald glissa un «merci pour cette délicieuse parenthèse»

Rose savait que cette folle aventure s'arrêterait là, qu'il n'y aurait pas de suite à cela.

A cette instant, peu importe qui était cet inconnu, Rose se sentait vivante…..terriblement vivante.

Oh….son téléphone vibrait, elle avait un nouveau message.